« Les Présidents oublient souvent »

« Ecoute-moi, mon peuple. Alors que tu hantes mes pensées, tu dors probablement à la belle étoile quelque part dans notre pays entre le froid, l’insécurité et le tâtonnement. Tout à l’heure quand je suivais la télé, j’ai été envahi par un torrent de remords parce que sur ma conscience sont inscrits tant de morts ! Et me sentant indigne ; je me suis mis à t’écrire ces quelques lignes.
« Et voilà donc à quoi je pensais, mon peuple : je me suis opposé brutalement à toi, c’était horrible ! Ce matin-là, tandis que tu te préparais à aller dans la rue pour réclamer ton droit à l’éducation conformément à l’article E – alinéa G de notre constitution, j’ai ouvert mes chiens sur toi. Et je t’ai jeté des bombes lacrymogènes, j’ai cru que c’était la solution à tes agaçantes réclamations !

« Le lendemain, conformément à l’article S – alinéa M, tu ne t’es pas arrêté pour réclamer encore ton droit à la sécurité, parce qu’à la radio dans ton interview qui a été démenti par mon porte-parole, tu disais que tes frères et sœurs se faisaient massacrer par milliers, et que d’autres mourraient à cause de la famine. C’est alors que j’ai entendu deux fois en écho dans ma tête ta voix donnant raison à Renaud : ‘’ On a voté pour celui qui nous a fait crever ’’. C’était une marche pacifique, tu disais. Mais je n’ai pas bougé un seul doigt, j’étais hystérique ! C’est alors que j’ai envoyé mon porte-parole te dire : ‘’Nous mettrons hors d’état de nuire quiconque voudra encore troubler l’ordre public’’.
« Le surlendemain, c’était plus fort que toi, tu voulais réclamer ton droit à la liberté d’expression conformément à l’article L – alinéa X. Et moi j’ai ouvert encore mes chiens sur toi et j’ai ordonné qu’on puisse fermer toutes les stations de radios qui essaieraient de faire des diffusions pour te soutenir. C’est alors que j’ai entendu encore une fois ta voix en écho dans ma tête : ‘’Papa, papa tu es devenu fou ou comment ! ‘’ Et moi, évidemment que je m’en foutais.
« Le jour suivant, cette fois tu voulais que je respecte mes promesses, que je fasse pour une fois ce que je t’avais moi-même promis lors de la campagne électorale. Et moi, au lieu cette fois de m’y prendre par tendresse, j’ai encore fait ce que je sais faire. J’ai envoyé mon porte-parole te dire : ‘’Tout est déjà prêt pour démarrer avec nos chantiers ! ‘’ Des chantiers te disais-tu !
« Aujourd’hui, tout ce que tu veux, c’est que je quitte le pouvoir en paix. Que je te laisse entre les mains d’un autre père ! Pour cette fois, j’ai essayé de bouger mon petit doigt, et j’ai enchaîné dialogues – accords sur dialogues – accords. Tu t’en doutais, mais c’était pour flatter ton égo. Et quand tu l’as deviné par quelques manières, tu es encore descendu dans la rue.
J’étais très en colère contre toi ! Et j’ai encore une fois fait ce que je sais faire. J’ai ouvert mes chiens sur toi, et cette fois j’ai tiré en balle réelle sur toi pour te mettre en garde ! J’ai jeté une partie de tes frères, sœurs en prison sans raison valable ; et j’ai par erreur tué, blessé une autre partie de tes frères, sœurs ; histoire de vous affaiblir dans votre lutte. Le soir, la même chanson, j’ai encore envoyé mon porte – parole te dire : ‘’Les élections coûtent chères, on ne peut pas se les permettre maintenant !’’.
« Eh bien voilà mon peuple, c’est alors qu’une terrible crainte m’envahit ! Voilà ce qui a fait de moi le pire des tyrans. Ce n’est pas que ma conscience était morte, mais j’étais devenu dépendant du pouvoir, j’en étais devenu très accro tel un jeune qui ne sait plus s’empêcher de se droguer ! Et pourtant, je sais qu’il est encore tant d’amour, de bonté, et de bienveillance dans ton précieux cœur, mon peuple !
« Et maintenant, plus rien ne compte vraiment pour moi. Je t’ai fait souffrir alors que tu étais dans ton plein droit. J’écris ces quelques lignes pour me remettre à toi, et te dire que je me sens terriblement indigne de toi. Maintenant, en écho dans ma tête j’entends ta voix très en colère qui répète en boucle les paroles de W. Livingstone Larned : ‘’C’est une piètre réparation !’’. Mais, demain, tu verras je serais le meilleur ancien président que tu connaisses. Tu auras droit à l’éducation, à la liberté d’expression, à la sécurité, … Et demain j’organise les élections pour lesquelles je ne me présenterais pas comme candidat ! ».

By Ush Kavakwa, inspiré du célèbre article Les pères oublient de W. Livingstone Larned. © Décembre 2017

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