Joseph K. Kabange: Le « Pire » ou le « Meilleur » qui soit arrivé au Congo?

En 1997, Laurent Désiré Kabila renversait l’impérial Mobutu du pouvoir… Cette année marquait la fin d’une époque, certainement ; mais bien plus encore pour la majorité des congolais ; la fin d’une épouvantable dictature qui avait été conduite par le Maréchal trente-deux ans durant, pour les uns ; et une note d’espoir vers l’émergence d’un Congo libre, prospère et démocratique, pour tous.

Je me souviens de cette période transitoire de la chute de Mobutu vers le contrôle total de l’Etat par L. D. Kabila. Les congolais se sentaient libérés en ce sens que la vénération craintive qu’ils avaient à l’égard de Mobutu s’est volontairement transmise à son bourreau, qui s’attirait par l’occasion la sympathie d’un peuple libre et merveilleusement optimiste.

Ce que les esprits perspicaces redoutaient n’a pas tardé à arriver, hélas. Mobutu s’était déjà fait des alliés et pas les moindres. Il régnait certes en tyran mais sa tyrannie était entretenue par ceux qui, trente-deux ans plus tôt lui avaient donné la couronne. Comme chaque humain, il a eu l’audace en certains moments de sa gloire pendant lesquels il s’est démesurément considéré plus fort et plus puissant que ceux qui l’ont fait. Bien de fois, ces derniers lui ont démontré que la main qui donne est toujours supérieure à celle qui reçoit : c’est le cas des contraintes liées à la démocratie en 1990. Pour bénéficier de l’aide extérieure, et afin de rester dans le jeu, le grand Mobutu s’est presque rabaissé, tout en jouant un double jeu, avec son fameux discours sur le multipartisme. Quel numéro ! Il en versa même quelques larmes qui demeurent célèbres jusqu’à nos jours.

kabila Laurent

Mobutu n’avait pas dit son dernier mot, bien entendu. Son orgueil, si on veut, son avidité avait déjà atteint son paroxysme. Nous connaissons l’histoire ! L. D. Kabila, était prévenu. Son arrivée à Kinshasa ne pouvait être anodine. Il savait de part l’histoire que le Congo est un Etat convoité, courtisé chaque instant pour l’immensité des richesses dont il regorge : je ne vais pas citer l’Or, le Cuivre, le Diamant, le Coltan ou le Cobalt. Et que sais-je encore ! Le Mzee était donc averti ! S’il voulait demeurer sur son nouveau trône, il fallait qu’il joue le jeu des gros bras de ce monde : les américains, les belges ou encore les français ; ceux-ci devraient coûte que coûte s’inviter à la fête, s’ils ne furent pas bien entendu présents lors des préparatifs ! Qu’est-ce que l’on ignore ! Kabila a fait plus de 20 ans dans le maquis. Il avait besoin de l’argent, des soldats, des armes, etc., quelqu’un devait donc s’en occuper pour lui ! Pour dire que sa majestueuse victoire contre le grand Mobutu n’était pas une œuvre complètement personnelle.

mobutu

On n’oubliera pas ses multiples escapades au Rwanda, en Tanzanie ou en Ouganda ; on n’oubliera pas non plus la précieuse aide angolaise dont il a bénéficié. Que dire ! Des accords devaient être conclus par-ci par-là. Entre nous, je l’ignore. Mais bien de gens doivent être au courant de tout cela, si je ne m’abuse bien sûr.

L.D. Kabila était un patriote. Par principe, par idéologie et par vision, si on veut. Ou peut être, devrait-il l’être pour s’attirer la sympathie du peuple ? Un dictateur ne devait pas en remplacer un autre. Il savait cela. C’est pourquoi, par nombreux, et peut être par moi-même, il est considéré comme un héro national. Il a bâti les fondations de la démocratie, de l’indépendance* et pourquoi pas de la souveraineté de la RDC ? Jadis Zaïre, il a rebaptisé le pays en RD Congo, une façon de dire à Mobutu que même dans sa tombe, son héritage est enterré avec lui. Enfin, je suppose. L. D. Kabila a bâti la fierté congolaise, de ses propres mains : c’était un leader, un guide, une muse pour les politiciens de principe.

Je sais que beaucoup de gens le jugent, bien souvent sans scrupules, pour quelconques accords qu’il aurait signés avec le petit* Rwanda, la désormais bête noire de la RDC.  « L. D. a vendu le pays à Kagame », aime-t-on dire ! Bien de congolais pensent de la sorte, ce dernier temps. Après la mort de celui que nous qualifions affectueusement de « Mzee », plusieurs langues se délient : « C’était un traître », disent-ils. « Il a vendu une partie du pays au Rwanda et à l’Ouganda en guise de leur soutien à sa campagne militaire ». Quand j’écoute tout ceci, je me souviens des guerres de l’antiquité. Je ne me souviens pas seulement de celles-ci, mais aussi et surtout du célèbre prince de Machiavel. « Tous les moyens sont bons pour avoir le pouvoir et le sauvegarder le plus longtemps possible ». Tel est le sens de la « Politique », au Congo comme partout au monde entier. Kabila le père, parce qu’il y a eu le fils plus tard, savait très bien cela. Il devait atteindre ses idéaux, sauver la Nation des griffes de Mobutu. Pour cela, il s’est servi de sa tête afin d’atteindre ses « nobles » objectifs. Le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola, notamment, lui ont servi de main d’œuvre, chacun en ce qui le concerne visant également un Objectif à part : le butin de guerre pour les uns, la tête de Mobutu, pour les autres, ou encore casser certains liens menaçant directement leur règne. Kabila (Le père) avait aussi son lot d’intérêts auxquels j’ai fait allusion un peu plus haut, par exemple. En leader charismatique, il faisait ce qu’il avait à faire. Il a libéré le Congo, avec ses moyens.

Où voulais-je en venir, finalement ? C’est qu’en fait, comme tout politicien, seuls les intérêts personnels comptent. L. D. K n’a pas dérogé à la règle : ce qui lui a valu l’épée de Damoclès sur la tête. Il a tourné le dos à ses anciens alliés : le Rwanda, l’Ouganda, qui du reste ciraient les bottes des puissances occidentales, la France, les USA, la Belgique, pour ne citer que celles-là.

Comme si cela ne suffisait pas, L.D. K s’est fait des alliés dans l’autre camp*. Je parle des ex communistes, bien entendu. Je vois la Russie, la Chine, le Cuba, sans oublier ses escapades à Tripoli près d’un autre éminent ennemi des impérialistes, Kadhafi dont l’histoire est ornée du triste sort. L. D. K devenait une menace, non seulement à l’égard des multinationales, mais aussi pour les puissances mondiales de la frange capitaliste*. Il fallait l’éliminer. Ce fatal mois de Janvier 2001, son propre garde du corps réalisa le sale boulot pour les ennemis du Congo, non sans le concours de certains politiciens actuels dont nous ignorons les noms, pour ne pas heurter la sensibilité des autres.

L’histoire s’était rattrapée sur le destin du Vaillant L.D.K. Comme chaque humain, il avait des défauts et des qualités. Mais alors, dire qu’il méritait de mourir si indignement serait jeter à terre le sacrifice étoilé du libérateur du Congo.

Quelqu’un devait succéder à L. D. K. Comme par surprise, aucun leader politique ne brandît son doigt pour prendre la place de l’illustre assassiné. J-P Bemba était sur la scène, Azarias Ruberwa, Arthur Zaidi Ngo ou encore Mbusa Nyamwisi. Personne ne voulait s’emparer de la chaise. Ce fait me paraissait bien trop curieux que je me demande encore le Pourquoi. Il est vrai que cela aurait conduit à une guerre civile certaine car ce pourrait être une succession des coups d’Etat. Mais on ne le saura jamais car changer l’histoire n’est pas du ressort de l’être humain.

Mais alors, la nomination de J. K. K (Joseph Kabila Kabange) à la tête de l’Etat pour succéder à son père aura été la surprise de l’histoire du Congo. Qui était Kabila à l’époque ? Un militaire, sans doute, au service de son père et de la patrie. Mais que fût-il avant tout ceci ? L’histoire du Président J. K. K est un sujet tabou en RDC. Plusieurs anecdotes entourent sa personnalité. Au milieu d’une marmaille d’informations, réalité, info ou intox, on ne sait plus décerner la vérité. Qui di vrai ? Qui dit faux ? Là n’est pas le sujet de cette analyse. Le plus étonnant, j’y reviens, fut la présence de ce jeune* Kabila, à seulement 32 ans, sur le trône national.

D’où la célèbre réussite qu’il se colle au front non sans avoir raison : « le rassembleur ». Il a su mener, par lui-même ou guidé par une main inconnue, le pays à travers le système 1+4. Un seul président et quatre vice-présidents. Bon, je ne vais pas revenir là-dessus. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si la présence de Kabila à la magistrature suprême est le « pire » ou le « meilleur » qui soit arrivé à ce « pays-continent ».

Déjà, le répété-je, J.K.K était considéré par plusieurs comme un parvenu, un « homo novus », qui a su aiguiser son art politique au fil des années, à la surprise générale de ceux qui ne le voyaient pas finir une année à la tête du pays.

En 2006, par le biais du référendum instituant la Constitution, ce fameux Samedi 18 Février, J. K. K s’est revêtu d’une robe dorée comme celui qui aura atteint le rêve de son illustre père, en dotant le pays d’un instrument décrétant la Démocratie. Non sans surprise, il remporta les premières élections « libres, transparentes et démocratiques », jamais organisées en RDC. On se souviendra de l’ultime travail du natif du Nord-Kivu, monsieur l’Abbé Apollinaire Malumalu, chef d’orchestre de ces fameuses élections qui ont vu J. P. Bemba sortir deuxième, derrière J.K.K, malgré le séjour à La Haye qui a suivi et qui a manifestement rompu pendant à peu près plus de dix ans la carrière politique du Challenger direct de Kabila.  Complot ou réalité politique, l’avenir nous a « récemment » donné raison : J. P. Bemba aura été une pièce du puzzle de ceux qui tirent les ficelles des politiques africaines, en général, et de la politique congolaise, en particulier.

Joseph Kabila, aimé par le peuple, une grande partie du peuple, du moins, de part son statut de « rassembleur », a eu cinq ans pour mettre en place sa politique basée sur les cinq chantiers de l’Etat. Que penser des conditions de vie des congolais de 2001 à 2006 ? Certes, on peut dire qu’il y a eu certaines améliorations, dans bien des domaines. L’accord Cino-congolais y est certainement pour beaucoup. Sans oublier la reconsidération de l’économie nationale   par le FMI qui avait déjà fermé ses portes à Mobutu depuis un certain temps.

J.K.K, patron du PPRD a vu son action dégringolée essentiellement à cause de la guerre à l’Est du pays, principalement au Nord et au Sud-Kivu. Le CNDP, le M23 et toute une litanie de groupes et/ou bandes armés ont semé mort, désolation et terreur dans cette partie du pays. L’insécurité s’est accrue, les déplacements massifs des populations, la famine, etc., tous ces fléaux ont terni non sans raison l’image de celui qui se réclamait « pacificateur ».

La population étant ce qu’elle est, elle ne doit que souhaiter l’amélioration des conditions de vie. Les choses doivent avancer et aller de l’avant. Les conditions de vie doivent être améliorées. Pas de guerre, pas d’insécurité, pas de famine. Les enfants doivent aller à l’école, les soins de santé doivent être garantis. La vie doit être améliorée. Au contraire, les choses se sont empirées et le Chef a été détesté. J.K.K en a été responsable le numéro 1. Ce fardeau, il ne l’a pas volé. C’est bien lui le garant de la nation, le chef suprême etc. Il avait promis la paix, la prospérité et l’évolution des conditions de vie du peuple congolais. Ce dernier était loin d’avoir atteint ce niveau de vie. La pauvreté battait record ici et là-bas. Les conditions de vie, dans certains milieux, étaient devenues plus dures à supporter que pendant les années Mobutu. Ah, dix ans plus tard, les mêmes conditions de vie ont inspiré un slameur Kinois à travers sa chanson les années Zaïre. D’après cet artiste, « les années Zaïre ne sont pas toutes des années à haïr »

Kabila et Mobutu

En 2011, le premier mandat de J.K.K prît fin. Celui-ci, sans honte et comme tout politicien, n’a pas manqué de dresser un bilan positif de son règne en sollicitant par l’occasion que le peuple lui renouvelle sa confiance. Mais alors c’était dur. Le bilan du Président J.K.K était déconnecté de la réalité du terrain. Il n’y avait rien de croustillant si ce n’est quelques avancés dont on ne pouvait se taper la poitrine. J.K.K avait perdu la confiance du peuple. Ses actions et son inaction avaient dressé le véritable bilan de son règne. Dans plusieurs coins du pays, on ne trouvait plus l’autorité de l’Etat : les rebelles faisaient la loi. Kinshasa, très éloigné de toutes ces réalités n’en avait que faire. C’était des « cas isolés » comme les pro J.K.K ou lui-même aimaient le répéter. « Le Congo est vaste » ! Comme s’il est plus vaste que la Russie, que la Chine ou encore les Usa, sans parler de l’Algérie…   Un argument de second choix visiblement.

Une fameuse loi fut alors concoctée en 2011. Cette dernière annule le second tour lors du scrutin présidentiel. Abattu et aux proies à la réalité, Kabila et sa suite voyaient déjà leur déclin au bout des doigts. Ils durent concocter un plan spécial de maintien au pouvoir de leur leader qui affinaient ses stratégies année après année. Qui l’eût cru ? Le jeune J.K.K de 2001 n’était plus un jeune homme*. Les ramifications du temps lui avaient apporté une touche de malignité sans précédent. Il se moquait des critiques ou de tout ce que les gens pouvaient dire à son propos : il avait atteint un niveau de conscience extraordinaire ou l’insensibilité guidait ses pas et ses gestes dans un environnement hostile à lui-même et à son régime.

A un seul tour, J.K.K remporta l’élection de 2011 face à feu E.T (Etienne Tshisekedi), non sans multi contestations d’un vote orné et doré de magouilles extraordinaires. Le Pasteur Ngoyi Mulunda en a rapporté les méandres et les rouages sans trop susciter la réaction du peuple dont l’esprit est borné par les vicissitudes de la vie quotidienne. Un théâtre épatant a entouré cette élection de 2011 avec une communauté internationale qui n’a pas directement reconnue la victoire de J.K.K et une prestation de serment brillante par l’absence des chefs d’Etats africains. On se souviendra de l’ultime présence de Robert Mugabe, seul à témoigner son hardi dévouement  susceptible d’énerver la communauté internationale. J.K.K, dans sa peau de « canard », ne ressentait aucune goûte d’eau toucher sa peau. Fidèle à ses principes, il mena le court de sa vie par une rigueur extraordinaire pour empêcher toute voix qui voudrait s’élever contre sa victoire : on ne comptera pas les morts et les arrêtés victimes de cette répression post-électorale.

L’ironie du sort est que la Communauté internationale a prouvé qu’elle n’était pas digne de confiance. Elle se moque bien du sort du peuple. Comme disait Machiavel, seuls ses intérêts étaient à protéger. Le temps passait, des menaces planaient sur la tête de J.K.K et ce fut une surprise de le voir se déplacer en Europe ou ailleurs, à l’assemblée des Nations-Unies, etc. Les esprits avisés ont compris qu’un accord secret avait été conclu entre Kinshasa et la C.I. (Communauté Internationale)

Le nombre des congolais qui ne voulaient de J.K.K augmentaient terriblement au même sens que les conditions de vie devenaient atroces. La guerre, l’insécurité, les déplacements massifs, etc. Après avoir vaincu le CNDP plus tôt et le M23 un peu plus tard, ce fut le début de la guerre contre les ADF Nalu à Beni. Cette guerre, inconnue et incomprise continue de faire couler le sang innocent des congolais après plus de quatre plus tard.

Tshisekedi avait occupé le rôle de J.P. Bemba après les élections électorales de 2011. Ce qu’il faut retenir de ces deux élections, c’est qu’en 2006, même si la victoire de J.K.K est restée douteuse dans la pratique, elle aura été sincère et acceptable dans la tête de nombreux congolais. Par ailleurs, celle de 2011 aura été contestée et contestable pour une majorité écrasante de la population.

Le congolais est « résigné ». De part sa nature ou par pure lâcheté, je ne sais pas. Mais c’est alarmant et intriguant à la fois : on le torture, on le tue, on lui rend la vie invivable mais lui reste là, calme dans le « pardon » et la « résignation », avec la peur du sacrifice, du martyr. Que dis-je ? Cela n’est pas le cas de tout le monde, en tout cas. Certains, quoiqu’ils soient encore très peu, veulent se battre et ont déjà commencé à se battre, pour la paix et la libération du pays d’entre les bras de J.K.K.

Les députés, n’en parlons pas ! Les politiciens, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité, il n’y a rien à dire. Le débauchage politique a fait sa loi. On ne recherche que le gain, l’argent, quitte à sacrifier l‘intérêt supérieur de la nation.  On les voit à gauche le matin, à droite le soir et nulle part à midi. Ils n’ont plus la confiance du peuple. On voit bien que depuis un certain temps, les hommes politiques de notre pays recherchent la satisfaction de leurs besoins pécuniaires au lieu de rechercher l’intérêt général du peuple. Certes, en politiques, seuls les intérêts priment. Mais alors, lorsqu’on a un mandat, la décence oblige qu’on réponde aux désirs de ceux qui auront porté leur confiance en vous. Le fait est qu’il faudrait se mettre en tête que le prochain mandat doit être brigué et que seul le bilan peut déterminer le mérite. Cependant, en Afrique, en général, et en RDC, en particulier, les hommes politiques ont développé et continuent à développer des stratagèmes extraordinaires pour se maintenir au pouvoir à vie. De cette façon là, ils n’ont plus besoin de solliciter l’empathie du peuple. Tout ce qui les intéresse, c’est la conservation du pouvoir, le plus longtemps possible et satisfaire leurs besoins matérialistes et égoïstes.

Loin de là ! En fait, tous les détracteurs de J.K.K se sont résolus de bien accepter leur résignation et se soumettre aux résultats de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). La plupart des gens ont accepté cela par « amour » pour la Nation. Ils disaient que la Protestation engendraient la répression et suivraient des massacres incessants. Le Droit s’arrache ! A-t-on l’habitude de nous rappeler. « Un peuple qui se résigne est complice de son propre malheur ». Il nous faudrait donc nous battre, accepter de souffrir le martyr afin de préparer un avenir idéal à nos enfants. Mais hélas, nous sommes tous des égoïstes soumis au fameux adage « plutôt souffrir que mourir ». Nous oublions que les plus grandes démocraties ont été bâties par le sang des martyrs. « La guerre de sécession, la révolution française, l’indépendance de la RDC (Lumumba), etc. »

Bref, le peuple congolais a donné un sursis à J.K.K, peut être en souvenir du « rassembleur » qu’il fût autrefois, l’héritier de son père, celui qui était appelé à finir ce que ce dernier avait commencé.

Peut-on oser comparer ces deux hommes sans courir le risque de se perdre violemment ? Je ne pense pas. En réalité, même si le fils prétend suivre le même combat que le père, je demeure dubitatif. Le père était un visionnaire, un homme de principe, un leader charismatique et autoritaire. Il est mort pour ce qu’il croyait. Il ne voulait pas céder au chantage marionnettiste des impérialistes capitalistes. Au-delà de sa vision pour le Congo, L. D. K avait une vision pour l’Afrique. Il voulait une Afrique libre, unie et prospère.

Le fils, lui, est difficile à cerner. Du moment qu’il ne parle pas assez, on a du mal à percer ce qu’il y a dans son cœur, ou dans sa tête. Il s’était présenté comme un agneau, innocent et inoffensif avant de laisser le pouvoir le corrompre et faire de lui le personnage qu’il a toujours été au fond : un « insensible ». Peut-être qu’il a du bon en lui et qu’il ne fait que suivre des ordres venant d’en haut, allez savoir ! Mais, être chef c’est une responsabilité surtout envers son peuple, pas envers qui que ce soit.

2016 a été une année des terribles vérités. Cette année a permis au peuple congolais de lever l’équivoque sur les véritables intentions de J. K. K. Tout le monde l’attendait au tournant : l’organisation des élections auxquelles il n’allait pas être candidat, de part la Constitution, mais aussi et surtout de part la réalité sociale. Le peuple en avait déjà marre de lui et les textes ne lui permettaient pas de se représenter. Grande fut la déception de tous, je parle de ces détracteurs, ces gens qui ne profitent pas de son pouvoir. Car pour ceux qui ont trouvé quelques faveurs dans les failles du système J.K.K, ce dernier devrait rester au pouvoir à vie. Cette situation est d’autant plus curieuse qu’elle m’effraie. Les congolais sont dénués de l’emblématique caractéristique africaine : la solidarité. De nos jours, tous ceux tirent profit du pouvoir ferment les yeux face aux souffrances de leurs frères.

Les élections n’ont pas eu lieu. Comme d’habitude, les acolytes de J.K.K ont multiplié des stratégies de « glissement » afin de prolonger son dernier mandat. Ce processus a été soigneusement mis en place, si on regarde bien la suite des événements à partir de 2011, J.K.K ne cesse de clamer le respect de la Constitution. Pourtant, celle-ci a perdu sa crédibilité depuis que l’on s’est rendu compte que son interprétation tient compte du camp dans lequel on se trouve. Le citoyen lambda ne sait plus percer la vérité dans cette confusion entretenue par les politiques. Ce qui fait rire, c’est que la Cour Constitutionnelle, récemment installée devait jouer le rôle arbitral, comme unique coq du poulailler. Hélas, les arrêts qu’elle a rendus ont prouvé à suffisance la faille que nombreux ont décrié dans l’organisation et le fonctionnement de celle-ci.

La quasi totalité des juges ont des comptes à rendre à J.K.K. Il est donc difficile pour eux de statuer en contradiction des ambitions kabilistes. Que dire ! Le pays va mal. Il va très mal.

De glissement en glissement, J.K.K vient de faire deux ans de plus au pouvoir. Nous sommes en 2018, au mois d’Août. Il est difficile de prédire l’avenir politique de la RDC. Heureusement, je ne suis pas un chiromancien, encore moins un cartomancien. Mais alors, point n’est besoin d’être tout cela pour comprendre que le ciel de l’avenir politique en RDC n’est pas encore dégagé. Plusieurs nuages planent. Avec la sortie de J.P.B. de la prison, l’exil forcé de M.K. Chapwe, le refus de J.K.K de présenter son dauphin ; même si aujourd’hui il vient de désigner Emmanuel Shadary, je ne saurais pas exactement prédire ce qui va suivre. Plusieurs options demeurent possibles. Enfin, bref, là n’est pas l’objectif de cette réflexion. Ce que je voulais comprendre, c’est savoir si J.K.K a été le « bien » ou le « pire » pour la RDC.

Et donc, au regard de tout ce qui précède, quelqu’un pourrait se permettre de tirer une conclusion hâtive. Loin de nous cette idée.  J.K.K avait-il un plan élaboré depuis le début ? Je veux dire depuis 2001 ? Si cela est vrai, est-ce que son fameux « plan » suit son court initial ? Autant de questions pertinentes et intéressantes à la fois.

A mon avis, J.K.K n’avait pas un plan long terme déjà à son installation en 2001. D’ailleurs, je parierais mon chapeau sur le fait que ceux qui l’avaient soutenu à l’époque n’y croyaient pas non plus de façon extraordinaire. Mais bon ! Peut-être !

En vérité, ce qu’il faut admettre et regarder de plus près, c’est l’élaboration de la Constitution de 2006. Je pense que si depuis 2001 le Projet J.K.K était  pensé à long terme, son équipe de l’ombre allait commencer à s’y mettre à partir du référendum de 2005. A quelques différences près, je crois que la Constitution de 2006 serait parfaite pour le Plan Long terme de J.K.K. Par exemple, un analyste lambda pourrait imaginer que l’équipe de J.K.K aurait pu permettre un mandat de 7 ans, plusieurs fois renouvelable. Car en réalité, la sensibilisation autour du référendum n’était pas consistant au niveau des citoyens lambda. Pour la plupart, ils auraient voté « oui » peu importe le contenu. Car ce qui se disait à la base était de savoir qu’en votant « non », on permettait aux rwandais d’envahir le Congo. Voter « oui » était donc le refus de cette éventualité. La grande partie ne connaissait pas le contenu de la Constitution. Il n’y avait pas eu une campagne conséquente et consistante quant à ce. Bon, allez savoir, c’est peut-être car eux non plus n’y étaient pas à fond qu’ils se seraient contentés d’un mandat à 5 ans renouvelable une seule fois : voilà la source des problèmes actuelles, à mon avis. Les acolytes de J.K.K voudraient trouver des failles juridiques pour réparer leur erreur.

Ils ne sont pas en manque d’inspiration à dire vrai. Ils ont su gérer le cours des évènements jusque-là. Mais continueront-ils à avoir le contrôle ? Difficile à confirmer. Car en même temps, le peuple congolais n’est plus dupe. Il commence à entrevoir les astuces de J.K.K avant même que les plans soient échafaudés.

J.K.K est le « bien » qui soit arrivé au peuple congolais. Je veux rire ! Ou pas ! Si on voit ses débuts, son innocence, son caractère d’homme nouveau ; au départ, je le souligne, il était considéré comme un « sauveur », un « rassembleur ». Il a su diriger le pays et il l’a mené vers ses premières élections. Il a trouvé le moyen de réunir les protagonistes autour d’une même table, même s’il a laissé ses plumes dans le jeu-là. Plus le temps passait, plus les délices du pouvoir endiablait son âme. Il a alors développé son personnage : un homme discret, qui ne communique jamais, une énigme. J.K.K aura le mérite d’avoir apporté la démocratie en RDC.

J.K.K est le « pire » qui soit arrivé au peuple congolais. Il a été comme le fameux « roi fou » de la légende. Après avoir bâti son château, il l’a brûlé lui-même sourire aux lèvres. J.K.K a apporté la démocratie en RDC. Lui-même est en train de la consumer par son avidité grandissante. Il a appris la démagogie, la méfiance, l’insensibilité et que sais-je encore. L’espoir a fait place à la peur, la paix a cédé son siège à la guerre, etc.

Vous comprendrez que je ne veux pas parler de tous les maux qui rongent la RDC. J’essaie de rester élégant dans le choix de mes mots pour exprimer ce qui se trouve au fond de mon cœur. Je ne voulais pas parler du désordre politico-administratif qui a élu domicile en RDC. Aucun, je dis bien « aucun » service public ne marche comme il faut.  L’armée, la Police, la DGDA, l’OCC, etc., tout est en désordre. Les ministères n’en parlons pas : c’est scandaleux de voir un premier ministre avec plus de 300 personnes dans le cabinet, sans parler d’un budget insignifiant, de la même taille que celui du FC Barcelone, un club de football. Parler de tout ce qui ne marche pas au pays crée des migraines chez toute personne « passionnée » pour ce pays.

J.K.K est-il l’unique responsable ? Je ne le dirais pas, non. Il est vrai qu’il n’arrange pas les choses. Au contraire, il se pavane quelques fois du laisser-aller qui a élu domicile au pays. L’impunité est devenu la norme, sans parler de la corruption et de tous les vices imaginables. Et qu’a-t-il fait pour amortir le choc ? Rien tout simplement. Il est devenu comme un enseignant qui demande à ses élèves de faire tout ce qu’ils veulent comme désordre afin d’attirer leur sympathie.

Je disais qu’il n’était pas le seul à blâmer. Sans oublier que c’est « grâce » à lui que la politique de « consommation » s’est gravée dans la mentalité des congolais. « Il faut consommer l’argent de l’Etat car un moment ou un autre, quelqu’un d’autre occupera votre place ». C’est devenu la politique du ventre quoi ! Les dirigeants ne se soucient plus des problèmes des dirigés. Eux doivent s’enrichir, un point barre. Le peuple est devenu paresseux. L’enseignement n’a plus de rigueur. Tout le monde a comme exemple J.K.K. Ce président milliardaire qui a acheté des domaines par-ci par-là dans le pays et à l’étranger.

Bien de gens estiment que la RDC a un problème « d’hommes ». Si on s’arrête à ce niveau, on peut imaginer que le pays est géré par des analphabètes ; ce qui est loin d’être le cas étant donné le nombre extraordinaire des Professeurs Ordinaires qui occupent des ministères et des hautes fonctions dans l’administration nationale. Eu égard à cette triste réalité, on se demande encore de qui ce pays à besoin, de quel genre d’hommes. Si même ceux qui sont censés connaître les outils de bonne gestion de l’administration sont à la base de sa destruction, si, au lieu de servir le peuple tous les « grands esprits » sont devenus des lèches-bottes à la merci de J.K.K… Que faire ?

Rien ne marche ! J.K.K n’est ni le « bien », ni le « pire » qui soit arrivé à ce pays. C’est juste un homme politique, comme beaucoup d’autres est pris entre les mailles du pouvoir et  ne sait plus comment s’en libérer. S’il avait été patriote comme il n’a cessé de le clamer, ou si sa « passion » pour le Congo avait été sincère, il aurait déjà abandonné la partie. On peut dire qu’il subit une pression des impérialistes, ou de la part de ses acolytes qui profitent de sa présence à la tête de l’Etat mais on ne saurait nous faire croire qu’il n’a plus de libre arbitre. Tout est question de volonté et de courage : voilà ce qui manque cruellement aux congolais.

Comme je l’ai dit tantôt, J.K.K n’est pas la véritable source du problème congolais. La vérité, cependant, c’est qu’il n’a pas su en être une solution non plus. De ce fait, je peux affirmer sans ambages qu’il est celui qui ne fournit pas des efforts conséquents pour arranger la situation. Et comme celui qui n’avance pas recule, voilà pourquoi beaucoup de congolais sont nostalgiques de l’époque mobutiste. Ils disent que c’était mieux à l’époque, qu’il y avait la sécurité et que le zaïrois était fier de sa patrie : ce qui n’est plus vraiment le cas ce dernier temps.

Les évènements politiques récents de la RDC nous auront prouvé que la véritable libération du peuple congolais ne pourra passer que par celui-ci, son salut ne tient qu’à lui-même. On peut avoir peur, on peut avoir honte, on peut s’en vouloir ou s’en moquer, on ne sera jamais heureux dans la vie que si l’on accepte de se prendre en main, de voir au-delà de la simple vie personnelle. On ne sera jamais assez libre que lorsqu’on comprendra que le prix de la liberté c’est le sacrifice. Le Congo restera tel sans J.K.K et ses acolytes. Ce que nous devons faire en tant que congolais c’est de prendre conscience que seul le peuple doit se battre pour obtenir sa propre liberté et que « l’homme » que nous recherchons chaque instant pour sauver ce pays c’est vous, c’est moi ; c’est chacun d’entre nous.

Nous pouvons encore sauver ce pays, si nous nous levons comme un seul homme pour dire « non » à ceux qui tuent l’avenir du peuple.

Que vive la RDC ! Que vivent tous les innocents, les martyrs qui ont perdu leur vie dans la lutte pour la paix, la justice… pour un Congo Uni, fort et Prospère !

Fab. Malik Wasingya. ©2018

Télécharger le Pdf ici.

2 réponses sur « Joseph K. Kabange: Le « Pire » ou le « Meilleur » qui soit arrivé au Congo? »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.